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Culture - Page 17

  • Magic in the Moonlight, Woody Allen

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    C'est l'histoire d'un homme qui rencontre une femme. Non, c'est l'histoire d'un personnage suffisant persuadé qu'il n'y aucune forme de vie parallèle à la condition humaine et d'une charmante medium qui va tenter de lui donner un regard différent sur ce qu'il touche, sur ce qu'il voit, sur ce qu'il ressent. 

    Nous plongeons dans un univers cinématographique proche du milieu du siècle dernier pour suivre l'étrange affaire de Stanley Crawford, magicien de renom lorsqu'il est sur scène, qui en dehors des paillettes réfute toute sorte de magie. Celui-ci se rend, accompagné de son acolyte Howard Burkan, dans le sud de la France pour tenter de démasquer une jeune medium du nom de Sophie Baker à la beauté intrigante qui s'est liée avec les Catledge, famille de haut rang. Il y rejoint également sa tante, pour qui il porte une tendre admiration. Cependant, malgré les jours à cotoyer la voyante et à assister à ses rencontres avec l'autre monde, il n'arrive pas à déceler le truc, la supercherie que lui utilise dans ses spectacles. Comment cela est-il possible ? Existerait-il vraiment un "au delà" ? Le personnage de Stanley se déride au fil du film, il prend connaissance, au contact de la jeune fille, de la beauté qui l'entoure, du ciel étoilé dans l'observatoire de son enfance au parfum des roses rouges du jardin des Catledge qu'il avait pourtant traversé à maintes reprises. On pourrait penser que l'histoire va s'engourdir dans une suite mielleuse, mais l'écriture, la maitrise irréprochable de l'humour dans des dialogues et des situations absurdes et le cynisme qui rend le personnage de Stanley Crawford si attachant donnent du relief à l'histoire. Même si mademoiselle Baker possède de nombreuses cordes à son arc, elle se confronte à son plus grand étonnement à un homme qui ne se laisse pas si aisément berner, le dotant d'un charme qu'elle ne sait expliquer. Le cadrage, les tenues, les musiques apportent une ambiance particulière au film, que nous retrouvons par exemple dans Minuit à Paris sortit en 2011 qui plongeait Owen Wilson dans un Paris des années folles. 

    Puis, nous découvrons une sensibilité touchante chez Sophie Baker, jeune fille issue d'un milieu pauvre dont la mère souhaite créer une fondation. Elle n'a que sa jeunesse et ses grands yeux bleus pour s'en sortir. Duper des personnes qui n'ont plus que l'espoir est alors un stratagème imparable, car la persuasion dompte la bonne conscience. Mais cela ne la laisse pas de marbre, particulièrement depuis que Stanley Crawford entre dans le jeu.

    La magie est donc pour Woody Allen une inclinaison vers un optimisme à toute épreuve. Si nous savons que nous ne sommes condamnés, nous pouvons vivre tranquillement et profiter de l'infinité de choses à découvrir. Woody Allen, comme dans beaucoup de ses oeuvre, y retranscrit sa peur intime de la mort. Ses personnages rendent parfaitement compte que croire ou ne pas croire en Dieu, aux esprits, au paradis ou à la résurrection n'est pas le plus important. Croire en quelque chose qui est faux de nous rend pas stupide mais donne du sens à ce que l'on est. La magie, qu'elle soit réelle ou artificielle, apparaît comme le moyen de supporter davantage son existence et même mieux : d'en cultiver l'importance.

     

    Magic in the Moonlight, novembre 2014

  • Adieu et à demain

    Dis-moi que tu as froid

    que tu veux reprendre un café

    dans ce bar glauque de ce quartier mal famé

    Qu'on s'en moque de tous ces gens qui nous regardent du coin des yeux 

    Toi avec tes mitaines trouées et ton rire d'enfant simplet

    De mes mains frigorifiées aux phalanges teintées de bleu

     

    Dis-moi que tu es bien

    Assis seul au comptoir

    N'ayant pour compagne qu'une bière un peu trop fade

    Que tu te languies de nos conversations sur le JT du soir 

    Dérivant sur la voisine du coin et de son miteux chat noir

    et que nous nous quittons, enfin, sans un regard

     

    Dis-moi simplement que tu joues avec moi

    Que tu te plais tellement dans cette cour de récrée 

    A demander la main à ta Juliette préférée 

    Sur cette table tâchée que tu prends pour estrade

    Lui promettre une nouvelle vie, du sable pleins les poches

    et lui offrir en guise de bague une paille repliée

     

    Dis-moi que tu ne veux plus me voir

    Que je resterai pour toi ce souvenir d'innocence

    Qu'ensemble, une fois, nous rêvions d'user pleins d'essence

    Depuis notre voiture cartonnée d'une enseigne suédoise

    Qu'après tout les espoirs sont fait pour s'essouffler

    A quoi bon les retenir s'ils persistent à se décrocher

    de ce faux décors griffonné sur une ardoise

     

    Dis-moi que tu es las et extirpe-moi la pareille 

    Jurant, tenant ta croix, que tu me voyais vieille

    Assise à tes côtés sur ces banquettes usées

    et dis-moi, enfin, que tu m'as oublié.

     

    Adieu, et à demain.

  • Pourvu que ça chante !

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    Deuxième apparition de la pièce La Carriole Fantasque de Monsieur Vivaldi au TNG. Forte d'un élan de critiques positives au cours de la saison 2013-2014, M. D'Introna a voulu donner un second éclat à ce spectacle aux allures de cabaret.

    "Sur scène, nous sommes neuf comédiens dont un squelette" ces mots prononcés par l'un des membres de La Compagnie des Gentils à l'ouverture de la saison 2014 ont d'emblée donné le ton de la pièce : loufoque, chaleureuse, enivrante, unique. Déjà installée sur le bord du plateau avec la carriole recouverte d'un long drap, la troupe nous accueille et nous fait patienter de manière ludique et originale. Les lumières s'éteignent. La carriole Fantasque de Monsieur Vivaldi nous est enfin révélée : un décor de bric et de broc semblant être la dissection d'une caravane de vagabond. Et parmi ce fouillis organisé, un squelette, sur une chaise, comme s'il s'était éteint la veille et qu'une brise hivernale lui avait dérobé la peau.

    Monsieur Vivaldi, homme singulier aux abords de la folie, n'a eu pour compagnon de fortune que son unique carnet dans lequel il griffonnait tantôt des chansons, tantôt ses états d'âmes au fil des saisons. Sur la couverture, une inscription : "Pourvu que ça chante".

    Nous suivons la vie d'un groupe de jeunes gens complètement déjantés qui décident de faire revivre le squelette en respectant sa toute dernière requête : "Ne m'enterrez pas tant qu'il reste de l'espoir". Ils vont de villes en villes pour insuffler au monde entier un élan d'optimisme et de joie de vivre.

     

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    Le répertoire du carnet de Monsieur Vivaldi est un mélange aussi désordonné que sa carriole : Fernandel, Luis Mariano, Ray Ventura, Annie Cordy, et tant d'autres partagent avec le squelette une renaissance contemporaine par des accords et des mélodies retravaillées qui se suivent et ne se ressemblent pas. Les saisons passent, Monsieur Vivaldi connait l'amour, la folie, la crise, l'alcoolisme, et chacun de ces thèmes sont adroitement abordés par ces chanteurs-comédiens dont le talent déborde du plateau. Mieux, ils viennent à notre rencontre en nous baisant la joue pour la Chanson des Baisers ou en surgissant de la porte arrière de la salle en costume d'italien fou furieux. Le spectacle excelle par tous ces rebondissements : La Compagnie des Gentils a l'art de captiver petits et grands en maniant un humour dérisoire et subtil pour les plus grands. S'il y avait un mot pour résumer cette énergie communicative, ce serait l'audace : oser parler de la crise sur un air jovial et candide, oser souiller nos souvenirs d'enfance en transformant le Petit Chaperon Rouge en une blonde écervelée en tenue légère et provocatrice, oser se moquer des amoureux du bar. La pièce vit, et honore ainsi le testament de ce charmant squelette au chapeau haut de forme qui semble suivre avec attention le parcours de ces jeunes gens.

    Accompagnée de mon grand-père et assise à côté d'une fillette, j'ai pu constater tout au long de cette heure trente le pouvoir de rassembler toutes les générations du public. Cette carte maitresse redore l'histoire du TNG : il est intergénérationnel.

    Le spectacle ne pouvait se finir sans une standing ovation méritée.

     

    La Carriole Fantasque de Monsieur Vivaldi, au TNG jusqu'au 19 octobre