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Exposition 2015

  • Exposition à L'Espace Dalì - Paris

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    L'Espace Dalì a sélectionné les œuvres de l'artiste et de 22 contemporains qui ont suivi ses traces pour nous immiscer dans son univers fantasque et irréel. Sa toile devient la rue le temps de quelques tableaux, qui s'amusent à déjouer les codes et la tradition. Nous pénétrons dans une partie du cerveau de ce génie si impénétrable, tant pour lui-même que pour ses adeptes, avec des mises en scènes faussement enfantines qui pourraient sortir de vieux contes pour enfants - soit dit en passant généralement plus destinés aux adultes qu'à leurs chérubins -. En voyant défiler les œuvres de l'artiste, aussi riches et variées soient elles dans le style et le support, la création semble puiser dans la religion et tout le mythe qu'il s'est bâti autour d'elle depuis des siècles. Elle imprègne, de manière subliminale ou sublimée, ses peintures comme ses sculptures. La mort, la justice, Dieu, la science, la faune et la flore, Dalì peint les piliers de l'équilibre terrestre en juxtaposant des mondes qui s' entrechoqueraient dans la vie de tous les jours, comme les constructions humaines et les animaux nobles et rares. Est-ce sa manière à lui de nous dire que la paix est possible puisqu'elle peut être imaginée ?

    Mais ce serait taire une vision assez négative de son parcours, que l'on retrouve dans Apocalypse 2 à propos de la maladie du contemporain et apprécié Keith Haring. Dalì semble travailler sur des jets de peintures qui laissent ensuite libre cours à ses idées. Cela rappelle les méthodes des psychanalystes avec le test de Rorschach. Il n'y a donc pas de réponses au monde, mais des multitudes de questions. L'artiste semble se chercher dans ses œuvres, et grâce à ses œuvres. Il y cache en effet sa peur de tout ce qui semble dépasser l'homme, comme l'inconscient, la maladie ou la religion. Ses interprétations personnelles sur la foi semblent nous montrer que l'ordre n'est en réalité qu'un symbole.

    Le surréaliste se plait à se représenter dans ses œuvres, il ne tire pas les ficelles de ses créations mais ce sont ses créations, et donc son inconscient, qui ont le contrôle sur lui. Il s'attache aux entrailles des personnalités célèbres plutôt qu'au domaine qu'elles symbolisent, il découpe et reconstruit à sa manière Freud, Newton, Rabelais et revisite ainsi la philosophie, la science, la littérature. Les travaux exposés participent à la place qu'occupe Dalì dans l'Histoire.

     

    Entretien avec Eric de THEVENARD, galeriste de l'Espace Dalì

     

    Qu'est ce que Dalì et particulièrement son art évoquent pour vous ?

    Le surréalisme est un art que je trouve poétique car il est essentiellement basé sur le rêve. C'est un mouvement international dont l'expression est diverse : on le retrouve au cinéma, dans les bijoux, dans le mobilier... Dali est un artiste particulièrement riche qui a réalisé environ 50 000 œuvres. Il est en réalité un surréaliste qui empreinte aux classiques par ses techniques de peinture. Son œuvre est, dans sa globalité, passionnante et expérimentale.

     

    Les œuvres de Dalì laissent-elles véritablement place à l'improvisation ou y a t-il des pensées derrières qui se confirment dans ses traits ?

    L'artiste travaille sur les deux, mais se plait surtout à laisser libre cours au hasard, comme lorsqu'il projette de la peinture sur la toile ou sur la pierre lithographique et continue,  à partir du jet projeté, à dessiner de manière plus méticuleuse afin que l'image prenne sens. Il avait pour habitude de peindre la dernière vision de son rêve pour contrer la raison qui, pour lui, est un frein à la création. Il faisait même des siestes avec une cuillère à la main et quand celle ci tombait, elle émettait un bruit qui le réveillait brusquement et il peignait alors le rêve dont il était encore imprégné. 

     

    Pensez-vous que la période assez permissive des années 60-70 a joué sur ses oeuvres ?

    Certainement, cette période est une période abondante de créations multiples. C'est une récréation pour Dalì qui s'amuse avec tous les supports et notamment la gravure sous toutes ses formes. Je vous rappelle qu'il crée des oeuvres à l'époque en tirant à l'aide d'une arquebuse contenant une cartouche d'encre sur une pierre lithographique afin de travailler sur l'impact ainsi obtenu pour commencer sa lithographie. Ce dernier medium est d'ailleurs aussi une manière pour lui de diversifier ses publics, car la gravure est moins chère qu'une peinture.

     

    "Dalì fait le mur" jusqu'au 15 mars 2015 Espace Dalì - Paris

  • Erró - Retrospective au MAC

    Erró nous offre un éventail coloré de ses œuvres, réalisées à partir des années 50, dont les couleurs, le ton, le style, le format et l'écriture sont tellement variés que nous avons l'impression de découvrir à chaque pièce un nouvel artiste. 

    Les couleurs criardes se mêlent, parfois dans la même peinture, aux couleurs pastels, qui suggèrent le combat perpétuel entre tradition et modernisme. La première est symbolisée par des personnages japonais, aux visages poudrés et parés de vêtements délicatement brodés. L'artiste Islandais prend parti dans chacune de ses œuvres, en choisissant tantôt des peintures douces/amères, tantôt la provocation. Il semble alors dénigrer l'américanisation de l'art, et toute la tragédie marketing qui en découle depuis ses débuts artistiques. 

    On devine alors un regard méprisant sur son époque, dans laquelle la beauté pure est effacée par les sex bomb (expression qui figurera dans une de ses œuvres) aux formes sulfureuses des jeux vidéos et des starlettes modernes. L'artiste Islandais s'approprie la quasi totalité des mouvements picturaux : Picasso, Dali, Botticelli, Van Gogh, De Vinci, les cartoons, le pop art. Les jeux d'ombres nous oriente vers ce à quoi il attache plus d'importance et de considération, et donc de travail. L'artiste s'insurge particulièrement sur Atom Pantins, une série de personnages cadavériques qui se battent, se mangeraient presque. La loi du plus fort ? Une humanité qui se perd ? Les personnages sont asexués ce qui donne une ampleur au phénomène, à cette machine industrielle qui nous lobotomise et nous fait acheter ce dont on ne veut pas, nous fait rêver de ce que l'on n'aura jamais. Cette machine remplace petit à petit l'anatomie de l'homme : la standardiste devient sa propre machine à écrire, l'un ne va plus sans l'autre. Ce n'est plus l'homme qui contrôle le mouvement mais la technologie, qui le traîne en laisse jusqu'à l'aliénation. 

    Erró superpose les clichés des années 60 avec les faiseurs de scandales, les politiciens, les petits travailleurs, les bambins, même, car pour l'artiste tout le monde est dans le même sac de l'hypocrisie, des faux semblants, du paraître et de la manipulation. Pire, nous faisons de nos enfants les consommateurs de demain. Naître dans cette société c'est déjà faire partit de ces truands. La pop culture que l'on nous promettait en tête d'affiche ne se révèle être que la partie visible de l'iceberg, laissant même supposer que l'exposition est un piège, un appas pour amener ses amateurs à développer une vision différente de cet art capitalisé. Il semble nous siffloter à l'oreille : "Regardez ce qu'il se trame dans votre dos pendant que vous pensez réellement vous cultiver, vous n'êtes qu'un maillon de la chaîne capitaliste". Erró ne cesse de se référer au nazisme, pour nous rendre compte que l'art se trouve dans la même impasse totalitaire.

    L'artiste, loin de toute prétention, nous subjugue par des œuvres qui frappent par leur beauté et par leurs double sens. Une exposition qui ne peut se faire en moins de 2 heures car chaque pièce nous initie à de nouvelle réflexions sur notre époque et son devenir. 

     

    Jusqu'au 22 février au MAC - Cité internationale