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Journalisme

  • Spotlight, de Tom McCarthy

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    Le fait divers glaçant de prêtres pédophiles à Boston aux Etats-Unis retracé par l'équipe de journalistes dénommée Spotlight. Polémique dans le fond et dans la forme, Spotlight entraîne son spectateur dans une agitation désordonnée qui mêle les informations entre elles et nous coulent dans des dialogues confus. Le réalisateur prend le parti de nous réserver un siège de bureau pour nous y balancer, d'un coup de talonnette artistique, entre nos collègues du journal Le Globe. Nous n'en savons pas plus qu'eux, nous avançons avec eux. Pas d'intime, pas de décors américains, pas d'humour, de violons ou de mépris. Là est la ficelle d'une prémisse de reproche que nous pourrions tirer : Spotlight ne ravira qu'un public disposé et volontaire, sans quoi la route est longue.

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    Nous touchons au vrai, aux faits, à un film qui se pourrait être un documentaire. Et par l'envie d'en faire peu, Tom McCarthy en fait beaucoup. Une réalisation propre et épurée, qui se dérobe de tout voile d'entertainment. Spotlight est un film sombre et lissé, qui ne s'écoute que si l'on décide de mettre également notre coeur à l'enquête. L'habileté de ce long-métrage difficilement classable tient en la totale imperméabilité de ses personnages et leurs possibles affiliations avec l'Eglise. Une contre-enquête sur la véritable identité des journalistes se créé dans l'imaginaire d'un spectateur habitué à plus d'artifices et qui a fortiori en cherche davantage. Spotlight percute dans la technique mais se ferme les portes du grand public qui pourrait être réfractaire à cette démarcation.
    En résumé, Spotlight est un film fin, bien construit mais laisse une petite amertume de beauté incomplète par le choix de la simplicité, pouvant être perçue comme de la facilité et du creu. Bon, mais dans la nuance. 

    Spotlight de Tom McCarthy, février 2016

  • Rencontre avec Stephane De Groodt pour Paris-Willouby

     

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    Chroniqueur, écrivain et humoriste, nous en aurions presque oublié la casquette froissée par les années du comédien Stéphane De Groodt. D'un caractère aventureux et affranchi, son premier film, Paris-Willouby, souligne la multiplicité de ses facettes dans un jeu sensible d'un père de famille un brin indolent mais terriblement touchant. Une équipe de journaliste et moi-même l'avons rencontré à l'Hotel Sofitel, quelques heures avant l'avant-première grand public. 

     

    Comment êtes-vous arrivé à vous approprier les écrits de quelqu'un d'autre ?


    Au début, parce que ça fait maintenant quinze ans que je fais ce métier, j'avais un peu de mal à lâcher l'affaire, j'avais besoin de jouer des rôles qui me ressemblaient absolument, de me raccrocher à ça. Il ne fallait pas me mettre de perruque qui puisse me sortir de ma carapace.
    Aujourd'hui c'est tout le contraire, j'ai envie qu'on me rajoute une perruque, qu'on me rajoute un faux nez, enfin ça ça va j'en ai déjà un ! Le personnage du père dans Paris-Willouby est complexe dans sa manière d'aborder les choses, il pourrait crier mais il est remplit de doutes. Il y avait vraiment beaucoup de choses à faire avec ce personnage. Ce projet qui m'a d'emblée excité car il ouvrait des possibilités d'interconnections entre les personnages, des liens qu'ils ont créé. 
     
    Pourquoi avoir attendu autant pour un rôle au cinéma ?
     
    Pour avoir un premier rôle au cinéma il faut être dans un système : sortir d'une école, avoir un réseau, être bon. On dit souvent que le talent c'est d'avoir envie de faire des choses, le reste c'est du travail. Il faut se donner le temps de travailler. La construction d'une carrière ou d'un statut est très longue. Ou bien ça peut être une rencontre, un imprévu comme Marceau qui vient avec sa copine et c'est elle qui a le rôle.
    Je retiens la phrase d'un producteur qui disait : "Il faut dix ans pour que ça arrive du jour au lendemain". Et c'est un peu mon aventure : on grandit, on apprend, on se gorge d'expériences et petit à petit des événements font qu'on vous repère, que vous êtes connu, ce qui rassure les producteurs et les équipes de film. Aujourd'hui des projets se montent, on a envie d'embarquer des inconnus dans l'histoire parce que ça nous est arrivé. J'ai vécu des refus de type : "Non mais  De Groodt il est pas connu, on va pas le prendre" et j'étais là sur le trottoir comme un con. Il faut provoquer la chance, pour moi c'était l'aventure Canal où les gens se sont rappelés que j'étais avant tout comédien.
     
    Comment ça s'est passé pour vous, sur le plateau, lorsqu'il vous arrivait de ne pas être en phase avec votre personnage ou avec ses dialogues ?
     
    Les réalisateurs ont une intention, et au comédien de le dire avec ses mots, parfois encore mieux qu'eux-même ne l'auraient imaginé. L'idée c'était de comprendre que lorsque j'émettais des réserves, ce n'était pas pour moi, mais pour nous. Je ne disais pas les mots pour moi mais pour nous. Ça fait un peu tarte de dire ça mais un film c'est un peu comme un "bien commun". Pour prendre un exemple culinaire, eux choisissent de préparer une blanquette, et nous nous recevons tous les ingrédients. On se jauge, on estime les choses, on propose des regards différents, on se dit : "Tiens là il faudrait un peu plus de ceci" et c'est comme ça que le film évolue.
    C'est un art qui n'est pas gravé dans le marbre, il est essentiel qu'il y ait une marge de tolérance d'un côté comme de l'autre.
     
    Les tensions dans un tournage sont donc inévitables ?
     
    Nous avons eu une discussion dès la première scène, car nous les comédiens sommes assez poreux, on s'imprègne des sentiments, des intentions, de l'histoire, des regards, de notre partenaire de jeu. Le moindre détail compte et ce qui est important est d'être rassuré en le jouant à notre manière, d'avoir notre petite cuisine. J'ai eu tout de suite beaucoup d'indications, de précisions. C'était très important pour les réalisateurs de concrétiser ces années d'écritures en lançant leur tout premier "action". Mais je me suis sentit cadenassé. Alors je leur ai dit très simplement : "Les gars, il faut que vous puissiez nous laisser pondre notre oeuf et qu'après, dans un deuxième temps, de tenter de faire ce que vous souhaitez selon votre projet artistique". Ce qu'ils ont considéré et c'est aussi ce qui a participé à la bonne ambiance entre l'équipe.

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    Les réalisateurs Quentin Reynaud et Arthur Delaire, et le comédien Stéphane De Groodt 
     
     
    Un film écrit, réalisé par vous, c'est un projet qui se profile ?
     
    Oui certainement, mais à moi de trouver le temps, de m’asseoir, d'être dans ma bulle pour me concentrer la dessus. Si je suis interrompue une semaine, trois semaines, un mois, c'est un peu compliqué pour moi. J'ai besoin d'être dans un tunnel. Je devais le faire au printemps dernier mais j'ai commencé à écrire mon bouquin, puis je devais m'y remettre et je suis parti pour Canal trois mois. Prochainement, je vais tourner à Gaza pour Kaboul.
    J'ai toujours eu besoin de "pondre mon oeuf", c'est la notion d'expression intime. Nous, les hommes, on ne tombe pas enceints et l'écriture c'est pour moi une façon de pondre quelque chose, de donner vie. Pas par la poule, hein, mais l'image de façonner quelque chose, de créer ce qui n'a jamais été fait auparavant. Aménager un lieu où les regards vont atterrir avec un prisme différent. Je suis sur deux pistes que je ne sais pas vraiment comment aborder.
    Maintenant il faut que je me mette d'accord avec moi-même et si j'avais un producteur qui me dirait "Qu'est ce qu'on fait ?", les choses évolueraient peut-être différemment. 
     
    Avez-vous peur que pour votre premier rôle, le succès ne soit pas à la hauteur de vos espérances ?
     
    Je ne pense pas que je le prendrai personnellement. On parle des acteurs, des scénaristes, des producteurs... Mais il faut aussi saluer les distributeurs, avec qui une relation de confiance s'installe dès le début. Je suis heureux de voir que Paris-Willouby a une super promotion, pour une ambition qui n'est pas celle de Star Wars. C'est une chance folle de pouvoir s’asseoir autour d'une table, discuter avec les journalistes, avec vous, et de parler pendant une heure de ce film.
    Après c'est le jeu. Si le film ne marche pas, nous nous serions appliqué du mieux que nous le pouvions, les risques auront été les mêmes. C'est comme une critique de film, si elle est nourrit, sincère, même violente, du moment où il y a une honnêteté de la part de l'auteur qui prend le temps de nuancer ses propos, j'accepterai. C'est aussi comme ça que l'équipe toute entière avance. 
     
    Propos recueillis à Lyon, le vendredi 15 janvier 2016
  • Demain - Le film

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    Cyril Dion, Mélanie Laurent et une équipe de réalisateurs concernés par l'épuisement des ressources de la Terre sont partis à la rencontre de personnes, de villages, de pays qui militent pour une indépendance. Oui, mais laquelle ? Une indépendance économique ? Alimentaire ? Énergétique ?

    C'est sous la forme de mini reportages, de parts et d'autres de la planète, que nous abordons ces thèmes, interconnectés, qui portent ces hommes et ces idées du combat. 

     

    Intelligent dans le fond et dans la forme, Demain enterre les a priori de populations reculées et paysannes à la lubie écologique. Les acteurs de ces changements ont pour la plupart abandonné leurs titres sociaux pour écouter la nature et vivre au dépend d'elle seule, qui le leur rend bien. La démarche humble de ces têtes pensantes se met au service de leur communauté. 

    Demain est une tournure optimiste et crédible dans une ère médiatique de la sanction et du martèlement. A l'image de l'éducation finlandaise et des mots de Gandhi, apprendre ne peut définitivement se faire qu'en montrant l'exemple, en résiliant la hiérarchie, les rapports de forces dominés/dominants. Si nous sommes une Terre, un peuple, pourquoi penser comme des adversaires ? Pourquoi ne pas multiplier, propager dans les campagnes et dans les villes ces actions mineures vers un mouvement populaire ? Le film appuie sa légitimité dans le choix du ton pour nous faire adhérer à ces alternatives : la totale neutralité. On nous montre donc que c'est possible sans faire l'apologie d'une entreprise ou diviniser des philosophes, les questions rhétoriques ne nous prennent ni pour des experts ni pour des croulants. C'est une pédagogie bien fondée. Demain colore le genre du documentaire par une recherche de dynamisme des lieux et des cadrages, des intervenants et des discours. 

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    Révélateurs ou plus subtils, les propos des uns huilent les discours des autres, dans une mécanique d'activisme sociétal. Qui sont ces gens ? Où ont-ils grandit, pourquoi en sont-il arriver à penser autrement, à voir au delà des nuages gris de pollution ? Nous avons envie d'en savoir plus, de rencontrer ces personnes, aux sourires jusqu'aux oreilles, de vivre avec eux, d'être candide puisqu'on le peut. La ville de Détroit, aux Etats-Unis, est le parfait exemple d'un lieu où les fruits et légumes sont à la porté de tous, dans des jardins collectifs ou des cases qui abondent les rues. Et pourtant, aucun abus n'y est déclaré. Aucun vol, ni "passagers clandestins". Ce qui est construit dans le respect guide implicitement les comportements de ceux qui y participent. 

     

    Demain remet les valeurs humaines au gout du jour, condamne les discours paresseux d'une situation irréversible et trace le pont entre la transformation climatique et la transformation possible de nos modes de vie. 

    Nous pourrons y arriver, demain. 

     

    Décembre 2015