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  • Elle l'adore, de Jeanne Herry

    lacritiquerie-jeu-concours-elle_l_adore.jpgJusqu'où sommes-nous capable d'aller pour aider la personne que l'on admire ? 

    Muriel est une jeune femme vive, se plaisant à raconter des anecdotes en tout genre, esthéticienne, sans histoire. Une seule passion l'anime réellement : Vincent Lacroix, artiste dont elle suit minutieusement le parcours depuis vingt ans. Quand celui-ci vient sonner à sa porte, elle croit rêver. Qu'est-ce que cet artiste à qui tout sourit et dont le physique en fait chavirer des centaines comme elle sollicite son aide ? On croit tout d'abord à une comédie, à un film parfait pour se détendre un dimanche en bonne compagnie, puis on se retrouve, cœur serré, à suivre minutes après minutes le drame qui lie ces deux personnages. Lui, complètement perdu et obsédé par son image, elle, fragile aux tendances mythomane, vont tout mettre en oeuvre pour se cacher des soupçons de la police qui tendent dangereusement vers la vérité. Par quelques pirouettes, Muriel arrive à désarmer ses accusateurs. Sandrine Kiberlain, que j'avais tendance à trouver effacée voire niaise dans certains de ses précédents rôles, dévoile un talent remarquable. Elle réussit à nous faire rire par des réponses impulsives orchestrées par le stress, qui ont l'avantage de l'ôter du costume de meurtrière. Une femme a priori simple à la vie bien rangée nous surprend par son aisance à dérouter les membres du commissariat.

    Parallèlement, nous suivons la vie sentimentale des deux agents de police qui interrogent et tourmentent Muriel, qui ne daigne donner les réponses qu'ils souhaiteraient entendre. Le drame prend petit à petit de l'ampleur dans leur vie, réduit leurs nuits, les irritent, et des erreurs sont commises. Nous percevons comment la vie privée d'un individu, qui représente l'objectivité par son serment avec la loi, peut interférer avec sa vie professionnelle et corrompre certaines pistes. L'homme n'est jamais omniscient, juste, et unique sujet dans une histoire. Ainsi, certains éléments perturbateurs, que nous n'aurions jamais prédit car le hasard n'est qu'un pourcentage théorique, mène cette enquête dans une tournure arrangeante. Mais ce qui ravit l'autre peut entacher l'avenir de quelqu'un. 

    Mes jambes lâches et mes bras détendus se sont raffermis d'un geste brusque à la vue de la deuxième scène, qui se déroule dans le domicile du chanteur. Comment pouvons-nous réagir face à un accident ? Certains prendront une voie tandis que d'autres suivront le chemin opposé, c'est aussi ce que raconte Elle l'adore : nous ne sommes pas le parfait reflet de ce que les autres, et particulièrement ceux qui nous mettent sur un pied d'estale, pensent de nous. Notre vie et son extrême banalité subrepticement rompue par un événement peut nous forcer à entrevoir certaines possibilités. Et ce sont ces directives qui définissent qui nous sommes. Notre idole peut-elle nous décevoir ? Si vous espéreriez rester passifs devant une comédie simplette, attendez-vous à être happés par un scénario aiguisé enveloppé d'un suspense justement pesé.

     

    Elle l'adore, date de sortie 24 septembre 2014

  • C'nd r

    Tort après tort, à trop rester près de toi, j'ai tort.

    Mes larmes ne te guériront pas.

    Je tisserai, dans les hauts murs de ce bâtiment froid,

    les minutes avec les minutes, les jours avec les jours

    pour te vêtir de nombreuses années.

    Lutter contre la saison des infortunés.

     

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  • Une nouvelle saison, un dernier hommage

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    Jeudi 11 septembre 2014, Nino d'Introna ouvrait les portes du TNG pour présenter la nouvelle saison 2014-2015. Saison qui ne sera pas comme les autres pour le directeur, car elle signe les adieux à dix années de travail passionné, et d'émerveillement pour nous public.

    La festivité est à l'honneur, nous sommes d'emblée accueillis dans la salle par une coupe symbolique où résonnent tours à tours les bouchons de bouteilles aux fines bulles. Nous levons notre verre à ce géant de la scène maniant les cartes d'acteur, metteur en scène, auteur, dramaturge et scénographe, d'une simplicité déroutante lorsque l'on réalise l'étendue de son parcours depuis son pays natal qu'est l'Italie jusqu'au terme de sa mission au TNG à Lyon. Un regard empli de bonté rare et un accent chaleureux, Nino d'Introna est une personne bien à part. Plus qu'une personne, il est une personnalité, de celles que l'on ne croise que quelques fois dans sa vie, professionnelle ou privée.

    Au fil de la soirée se succèdent différents acteurs clés du théatre : collègues, comédiens, chanteur lyrique, musicien, les interventions sont orchestrées selon l'ordre des pièces présentées par une courte bande annonce qui se démarque à chaque fois de la précédente. A l'affiche, nous retrouvons des classiques revisités qui sont les suivants : La Carriole Fantasque de Monsieur Vivaldi, Quand on parle du loup basé sur le conte Le petit Chaperon Rouge, et le mythique Macbeth. L'équipe nous offre également des perles qui ont retennue mon attention et qui feront probablement office de critiques ici même qui sont La Maison près du lac et Yael Tautavel, ou l'enfance de l'art cette dernière détenant le record du nombre de représentations, autant dire une des pièces maîtresses de cette nouvelle saison  à découvrir ou à revoir pour les plus nostalgiques.

    La nostalgie. Elle embaume subtilement la salle tout au long de ces deux heures et trente minutes. L'émotion de Monsieur d'Introna est palpable et nous décroche un sourire de bienveillance quant à la suite de sa carrière. Il nous dit alors ces mots, chargés d'une rétrospective personnelle : 

    "En Afrique, les conteur parvient au terme de son histoire, il appuie la paume de sa main sur la terre et il dit : je dépose mon histoire ici. Puis après un court silence il ajoute : afin que quelqu'un d'autre puisse la reprendre un jour".

    La notion de l'éphémère qui passe cependant de mains en mains est la traduction de la charte graphique des affiches de la nouvelle saison: un tableau noir, et de la craie. La craie tourne, virevolte, prend des chemins singuliers, et intègre un élément phare de la pièce concernée. Imaginer, effacer, retravailler, ce sont les bases de la création artistique. De petites touches de couleurs parsèment l'ensemble de la plaquette, qui s'introduisent sur le tableau et suivent le chemin de la craie pour créer un dessin harmonieux. Mais l'éphémère, n'est-ce pas réduire un moment à la seule durée de son existence ? Car bien que les pièces de Nino d'Introna soient éphémères, car d'une durée d'environ 60 minutes, elles perdurent dans le temps et prennent une place dans notre mémoire, certaines pour quelques semaines, d'autres dont des bribes restent à jamais. Le parcours de Nino d'Introna représente 10 années. Et après décembre 2014, date officielle de son départ, nous y repenserons encore. Nous repenserons à cette soirée, à ces yeux pleins d'énergie et d'amour, à cette main, encadrée par des faisceaux de lumières. Ce jeudi 11 septembre, deux passions communes nous réunissait : le théâtre et le bonheur de partager.

    Merci Monsieur d'Introna pour le merveilleux travail que vous avez fourni.

    Merci pour ces beaux souvenirs et ceux que vous me réservez encore jusqu'à décembre 2014.

     

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    Portrait de Cyrille Sabatier